« La science ne pense pas. »

PHRASE CHOC

« La science ne pense pas »

Martin Heidegger
Cours de 1951-1952, repris dans Qu’appelle-t-on penser ? et dans Que veut dire “penser” ? Essais et conférences (1954)

Cette phrase – péremptoire, voire choquante – prononcée par Heidegger dans son Cours du semestre d’hiver 1951-1952 : « La science ne pense pas » a provoqué de nombreux commentaires.Certains y ont vu un symptôme de l’« irrationalisme » de son auteur ; d’autres, de son caractère « fermé ». Tous feraient bien de regarder de plus près l’argumentation qui accompagne cette assertion. Que la science ne pense pas n’est pas, aux yeux de Heidegger, l’indice de son infériorité face à la philosophie. C’est, au contraire, un « avantage » : pour Heidegger, les sciences sont efficaces parce que « bornées » (au sens de limitées). N’interrogeant jamais les présupposés de leurs relations aux objets, elles travaillent à l’intérieur de représentations qui ne viennent pas d’elles, mais de grands choix antécédents. Si l’on peut en étudier les effets, personne n’a ainsi jamais vu de « force », notion pourtant centrale de la mécanique classique, mais qui ne dérive pas de l’observation. Bref, il s’agit bien là d’une hypothèse métaphysique.

Dans le même registre, Heidegger note – ce qui est une évidence logique, si tant est que « nulle pensée ne crée (ne peut créer) l’élément où elle se meut » – que, pas plus que la science historique « ne recherche jamais ce qu’est l’histoire », sinon elle ne pourrait pas en faire, les mathématiciens ne peuvent montrer ce qu’est la mathématique – autrement, ils seraient paralysés…

Plus avant, que la science ne pense pas découle, pour Heidegger, de sa déconstruction de la métaphysique traditionnelle. Comme elle, les sciences ne sauraient pénétrer le domaine de l’Être, et donc penser vraiment, car elles en restent au champ des choses, soit, pour le dire à la manière de Heidegger, des « étants ».

Si ces considérations valent pour les sciences appliquées comme la physique, qu’en est-il des mathématiques ? Celles-ci ne sont-elles que de pures « tautologies » (du grec to auto legein, « dire la même chose »), ou bien produisent-elles quelque chose qui n’est pas contenu dans leurs prémisses ? Ce débat a divisé les philosophes du XXe siècle. Et l’argument de certains critiques de Heidegger a été de lui opposer, sur ce point, le « théorème d’incomplétude » de Gödel : ce grand logicien n’a-t-il pas démontré, en 1931, qu’il est des vérités, dans les systèmes mathématiques, qu’on ne peut faire dériver de leurs axiomes ? Et cela ne prouve-t-il pas que les mathématiques sont productrices de vérités nouvelles, qu’elles pensent ? Rien de moins sûr. Cela pourrait simplement vouloir dire qu’aucun langage (rationnel) ne peut rendre totalement compte du monde.

Si la science ne peut, selon Heidegger, penser l’Être, elle ouvre néanmoins parfois des interrogations radicales. Ainsi, la découverte de la théorie de la relativité en physique a bouleversé nos conceptions de l’espace et du temps, obligeant la métaphysique traditionnelle à se remettre en cause, à faire un« saut ». De ce point de vue, faire penser, n’est-ce pas finalement aussi bien, sinon mieux, que soi-même penser ?

Patrice Bollon

Article de Philosophie magazine n°40

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Commentaire: cet article, tiré de Philosophie Magazine, traite de l’un des grands thèmes de la Philosophie: la science. La science a toujours été l’étude de la vie humaine, dans son sens biologique et métaphysique. Dès lors, elle est liée à la vie humaine en tant que communauté, en tant que liens économiques, sociaux et politiques. Quels sont les rapports entre science et politique revient à se demander comment on doit incorporer ce qu’est l’homme en tant qu’être vivant dans son être social. Voilà la vraie question de la philosophie politique: trouver le gouvernement idéal en tenant compte des données biologique. C’est comme si l’homme était dual: à la fois un être vivant, qui nait, respire, mange, meurt, mais aussi un être social qui rit, réfléchit, aime, construit. La science et la politique vont de pair car elles étudient les deux faces de l’homme.

Comment nourrir les hommes en 2050?

Vidéo trouvée sur courrierinternational.com

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Commentaire: la question de l’augmentation de la population pose un problème majeur: celui de nourrir cette population grandissante. Les sols sont de plus en plus détériorés, l’agriculture devient plus fragile, et pourtant, il faut produire plus pour nourrir plus. Comment relever ce défi? Plus que jamais, les gouvernements et les organisations internationales devront se pencher sur ce problème, surmonter la difficulté de nourrir des milliards de bouches en plus avec une planète éreintée. Lier la politique à la science, à la morale, aux valeurs de partage n’est plus un idéal mais une nécessité.

En Indonésie, le combat pour la liberté de semer

INDONÉSIE

La résistance des petits planteurs

Des paysans modestes en ont eu assez de devoir acheter des semences de riz à de gros producteurs. Grâce à une formation, ils ont redécouvert des variétés délaissées et se sont unis pour créer leurs propres semences, écrit Kompas.

FICHES PAYS

La relation de Darmin, 52 ans, avec les semences de riz qu’il a créées est comme celle d’un père avec ses enfants. Dans le canton d’Indramayu, à Java-Ouest, des dizaines d’autres paysans connaissent les mêmes joies et les mêmes peines avec leur “progéniture”. La “Jeune Indramayu” et le “Jeune Idaman” : tels sont les noms que Darmin a donnés à ses “enfants”. Mais hélas ces deux variétés qu’il a inventées ont été interdites par le pouvoir tout-puissant, là-bas, loin de chez lui. Les lois de son pays majoritairement agricole obligent les paysans à utiliser des semences “supérieures” qui doivent passer des tests pour obtenir un certificat coûtant plusieurs milliers d’euros. Un luxe que seuls les gros producteurs de semences peuvent se payer, tandis que les petits agriculteurs comme Darmin et ses compagnons sont voués à n’être que les “clients” de ces semences.

Sous la main, l’écorce des épis de la Jeune Indramayu, jaune vif, est légèrement rugueuse. Ses gerbes magnifiques se balancent ici et là comme le corps ferme et épanoui de Dewi Sri, la déesse des rizières. Darmin tire une grande fierté de ce croisement de semences qu’il a créé. Pendant plus de huit saisons, il a sélectionné un à un les fruits de ses croisements. C’est sa pauvreté qui l’a déterminé à s’émanciper. “Les paysans veulent de grosses récoltes qui leur rapportent gros. S’ils peuvent faire les semences eux-mêmes, pourquoi faudrait-il qu’ils continuent à en acheter ?” explique Darmin, qui vit dans une maison modeste avec ses quatre enfants.En 2002, son désir de s’affranchir des semences des gros producteurs le conduit à suivre des cours à l’école pratique et participative pour l’ennoblissement des plantes (SLPTP), une formation financée par l’ONG Initiatives des paysans pour un gagne-pain écologique (FIELD), dans le cadre d’un programme de mise en valeur de la diversité des ressources génétiques en Asie. Quarante-cinq paysans suivent ce cours. Ils apprennent à croiser des semences de riz et à redécouvrir des variétés locales qui ont été délaissées depuis l’apparition des compagnies de semences. Des noms enchanteurs : longong, gundhil, rangsel, jalawara, sriputih et marong. “J’ai découvert que chaque semence avait des qualités et des défauts, qu’il fallait donc faire des mariages”, raconte Darmin.Aujourd’hui, cinq anciens élèves de l’école SLPTP se sont lancés dans le croisement des semences de riz. Ils se sont regroupés dans l’association des paysans indonésiens d’Indramayu unis contre les fléaux. A chaque saison, ces nobles paysans produisent jusqu’à quatre cents variétés de riz différentes. Leur initiative a même fait l’objet d’un livre et d’un film documentaire réalisés par une équipe de jeunes universitaires sous la direction de l’anthropologue Yunita T. Winarto de l’Université d’Indonésie. Une œuvre remarquablement bien documentée à valeur de véritable plaidoyer.

Car voilà plus de huit ans que ces petits agriculteurs travaillent durement à croiser et à produire leurs propres semences, mais leur créativité n’intéresse pas le gouvernement. Bien qu’on ne les empêche pas de planter leurs propres semences, il leur est interdit de les distribuer et de les commercialiser. Cela conformément à une loi de 1992 sur le système de culture des plantes et à une autre datant de 2000 sur la protection des variétés. Karto, professeur à la faculté d’agronomie de l’université Wiralodra à Indramayu et directeur du groupe des agriculteurs écolos de Widasari, soutient ces paysans dans leur combat en échangeant toutes sortes d’idées avec eux. “Pendant des dizaines d’années, les paysans ont été littéralement gavés de semences hybrides, d’engrais chimiques et de pesticides, et de toutes sortes d’autres produits innommables pulvérisés sur leurs rizières”, critique Karto. De fait, l’Indonésie a ratifié en 2001, dans les bureaux de la FAO [Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture] à Rome, l’accord international sur les ressources génétiques pour les produits alimentaires et agricoles. Un accord entériné par un décret de 2006 qui autorise les paysans à utiliser et à échanger les semences qu’ils ont eux-mêmes découvertes. Mais ce décret n’a jamais été mis en application. C’est ainsi que les semences des paysans d’Indramayu sont condamnées à mourir avant même d’avoir mûri. L’indépendance des paysans dans ce pays agricole n’est en fait qu’un concept purement cosmétique.

Source: courrierinternational.com, article du 2 dec. 2011

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Commentaire: le principal problème des OGM était d’ordre plus économique qu’écologique. En effet, il n’a pas été prouvé que les OGM étaient polluants; certes, ils tendent à détruire les plantes avoisinantes qu’ils tuent peu à peu, mais le plus grand enjeu qu’ils posent est celui de la dépendance des agriculteurs aux vendeurs de paysans. Dès lors, le paysan ne peut plus être autonome. Il est lié par des liens de dépendance quasiment identiques aux liens qui unissent le cocaïnomane et son dealer: les OGM deviennent indispensables, et pour les avoirs, il faut les acheter, encore et toujours. 

Mais ces paysans indonésiens semblent avoir trouvé la voie idéale: conserver la notion de croisement, qui permet d’améliorer les espèces végétales et de les renforcer, mais sans avoir à payer quoi que ce soit à quiconque puisqu’ils réalisent eux-mêmes ces croisements. Il a fallu beaucoup de travail et de courage pour que ces hommes se sortent de la misère et réalisent l’exploit de cultiver leurs terres avec des espèces robustes qui n’appartiennent qu’à eux; pourtant, ils ne peuvent pas faire profiter le pays de leur invention. Le gouvernement s’y oppose. Les progrès sont donc scientifiques, agricoles, sociaux; le blocage est politique. Le lien entre le monde politique et le monde agricole est primordial depuis la nuit des temps: pour cultiver, le paysan a besoin de la protection de l’Etat. Souvent, c’est ce dernier qui est à l’initiative de grandes réformes et de progrès tant alimentaires qu’agricoles (on l’a vu avec la PAC, avec les Révolutions vertes). Aujourd’hui, le shéma est inversé. Ce sont les producteurs qui sont à l’origine du progrès, mais le monde politique le freine. Aujourd’hui, le combat n’est plus alimentaire, il est politique. Il n’est plus dans la technologie mais dans les mentalités.

La punition pétrole

L’UE se donne un mois pour frapper le pétrole iranien

Jeudi à Bruxelles, Alain Juppé assuré que l'Europe travaillait à «des sanctions plus dures et sans précédent».

Après le cri d’alarme de l’AIEA sur le nucléaire, les Vingt-Sept durcissent leurs sanctions contre Téhéran.

De notre correspondant à BruxellesLe compte à rebours est lancé pour frapper Téhéran là où ça fait mal. L’Union européenne a décidé d’adopter, en janvier au plus tard, un train de sanctions présentées comme sévères contre la finance, le transport et l’énergie – en clair le pétrole iranien dans toutes ses dimensions.

Après le cri d’alarme de l’AIEA sur le nucléaire militaire, la mise à sac de l’ambassade britannique à Téhéran a balayé les réticences. «Nous avons décidé de travailler sur des sanctions plus dures et sans précédent», assure jeudi Alain Juppé, dans une allusion transparente à un éventuel embargo sur le pétrole. Le texte arrêté, jeudi à Bruxelles, vise aussi les Gardiens de la révolution, branche de l’armée chargée de réprimer toute dissidence interne.

Rappel des ambassadeurs

La formulation retenue est assez diplomatique pour couvrir les pays en pointe – la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne – et ceux qui ont émis des réserves – l’Italie, l’Espagne et la Grèce. Il s’agit «d’atteindre sévèrement le système financier iranien, celui des transports et celui de l’énergie». L’embargo, soutenu par Paris et Berlin, n’est plus à exclure. Londres milite aussi pour isoler financièrement Téhéran. Les États-Unis l’on fait en novembre, paralysant de fait une partie des rentrées pétrolières.

À ce jour, les Vingt-Sept ont déjà frappé les actifs de centaines d’entreprises iraniennes. L’UE applique depuis juillet 2010 une interdiction des nouveaux investissements dans le pétrole et le gaz. Jeudi, elle a ajouté à sa liste noire les noms de 143 sociétés et 37 personnes, visées par des gels d’avoirs et des interdictions de visa. Elle a aussi marqué son «indignation» face à l’attaque contre la représentation britannique et prévoit de coordonner les rappels d’ambassadeurs. Pour d’éventuelles sanctions pétrolières, la difficulté à surmonter est l’inégale répartition du fardeau entre le sud et le nord de l’Europe. L’UE a importé 5,8% de son brut d’Iran l’an dernier. Mais le sacrifice serait plus rude pour l’Espagne (15% de ses approvisionnements), la Grèce (14%) ou l’Italie. S’ajoute dans ces trois capitales une fatigue avouée de devoir assumer, après la Libye et la Syrie, le contrecoup des sanctions à chaque rebondissement politique dans le monde musulman.

Cette fois, c’est Athènes qui appelle à l’aide. Ses finances à sec, la Grèce a trouvé à Téhéran un fournisseur très obligeant qui lui fournit le pétrole à crédit. «Il faut en tenir compte et veiller à ce que l’interruption des livraisons de l’Iran puisse être compensée par une hausse de production ailleurs», explique Alain Juppé. À ses yeux, c’est tout à fait possible.

Les réticences de la Grèce et les réserves de l’Italie expliquent le délai que s’accorde l’UE, comme ce fut le cas avec la Libye au début de l’année. Des contacts vont donc être noués avec d’autres puissances pétrolières de la région. Il s’agit aussi d’éviter un effet pervers bien connu des professionnels: tout embargo risque de provoquer un effet temporaire de rareté qui, par le biais d’une hausse des cours, bénéficie au producteur sanctionné s’il trouve d’autres clients…

Source: lefigaro.fr, article du 1er déc. 2011

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Commentaire: cet article montre, encore une fois, à quel point la politique et l’énergie sont liés. La question de l’énergie est primordiale dans les gouvernements. L’UE a décidé de soutenir un embargo à l’égard du pétrole iranien pour montrer son désaccord face à la politique du pays, et son indignation face à l’attaque de l’ambassade britannique. Pourquoi le pétrole? Il est le point fort de l’Iran, son principal atout, et son principal export.

On voit que le domaine de l’énergie semble un élément de politique extérieure plus important que la diplomatie… Lorsque le stade du dialogue est dépassé, vient la menace: s’en prendre au nouvel or noir, le pétrole, si important et convoité. La question pétrolière est au centre des débats et des prises de décisions en politique extérieure, comme l’illustre parfaitement ce cas.  

Une planète nette sur le net

Extraits d’une discussion sur liberation.fr :

Bruno. Sur quoi, selon vous, les 190 pays peuvent-ils raisonnablement s’engager à Durban?
Sébastien Blavier. Les pays de l’ONU à Durban doivent s’engager sur une deuxième période d’engagement du protocole de Koyto, ainsi que sur les bases d’un accord mondial sur le climat, capable de limiter le réchauffement à 1,5 degré, et cet accord devrait être conclu, dernier délai, en 2015.

Quentin. Est-il vrai que la Chine est passé devant les Etats-Unis concernant l’émission de CO2? D’autres pays émergents sont-ils en train de la talonner?
S.B. Oui, il est vrai que la Chine est aujourd’hui le premier émetteur de gaz à effet de serre, en valeur absolue, mais rapporter à sa population elle est encore très loin derrière les Etats-Unis, sachant que les Chinois représentent un homme sur six. C’est une situation que l’on peut considérer comme normal. Il est de la responsabilité des pays industrialisés de réduire en premier lieu leurs émisssions polluantes, car ce sont eux qui portent la responsabilité du changement climatique.

Vivian. Afin de réduire le CO2 est-ce qu’il y a une mesure qui pourrait être mise en place à court terme, et entérinée par l’ensemble des pays? Existe-t-elle?
S.B. La mesure la plus efficace aujourd’hui, c’est de donner un prix au carbone pour orienter les choix des agents économiques. Cette mesure n’est pas répliquable au niveau mondial, mais la France pourrait la mettre en oeuvre immédiatement. C’est la fameuse taxe carbone (contribution climat énergie).

Benêt. Ne pensez-vous pas que ce genre de manifestation, sans objectif cohérent à grande échelle, ni moyens coercitifs, ni identité politique reconnue par les Etats les plus pollueurs soit vouée a l’échec?
S.B. C’est l’objectif de l’accord mondial que l’on doit trouver d’ici 2015. Aujourd’hui, il est indispensable d’allier une action multilatérale (renforcer le protocole de Koyto) avec des politiques nationales et régionales ambitieuses.

Yvesdemars. Ne pensez-vous pas que la meilleure chose pour nombre de pays est de rien faire, car des doutes sérieux pésent sur le réchauffement et surtout sur ses peu probables conséquences anthropiques sur les événements extrêmes dans les 30 prochaines années (source Giec)?
S.B. Le Giec nous dit qu’il est pratiquement certain que des températures extrêmes et des précipitations aux conséquences catastrophiques surviendront lors du siècle à venir. Les conséquences du changement climatique sont donc bien réelles, selon les scientifiques, et déjà ressenties aujourd’hui par les plus vulnérables, notamment en Afrique, où se tient la conférence de Durban.

Jowil. Pourquoi certains constatent une stagnation des températures globales depuis dix ans, alors que le taux de CO2 n’a cessé d’augmenter ?
S.B. C’est affirmation est fausse, puisqu’entre l’année 2000 et aujourd’hui les températures ont continué à augmenter, et nous sommes aujourd’hui déjà à 1°C de réchauffement par rapport à l’ère pré-industrielle.

Initiative Développement. Pensez vous que les ONG mettant en œuvre des projets de réduction d’émissions de carbone dans les pays du Sud ont un rôle à jouer dans la lutte contre le changement climatique ? Et par quel moyen ? Par l’intermédiaire de la vente de crédit carbone sur le marché volontaire ?
S.B. Il est évident que les projets menés par les ONG au Sud sont indispensables à l’action mondiale contre le changement climatique. Concernant les crédits carbone volontaires, ces derniers sont aujourd’hui peu encadrés, et l’on constate un certain nombre de dérives. De plus, ils peuvent constituer un moyen de dédouaner les plus grandes entreprises, voire même les citoyens, d’une réduction réelle de leur empreinte carbone.

Patrick. Quels sont aujourd’hui les principaux freins à la mise en œuvre des mesures de limitation des émissions que vous jugez nécessaires et quelles sont les conséquences potentielles d’une absence d’accord d’ici 2015?
S.B. Le frein le plus important est politique, avec des leaders qui refusent trop souvent d’aborder la question du changement de modèle de développement de nos sociétés. Les lobbies industriels ont également une action destructrice sur les discussions onusiennes, et font tout pour préserver leurs intérêts économiques, allant à l’encontre de notre intérêt à tous.

Cygair. Comment expliquez-vous alors que dans le passé, il y ai eu des périodes plus chaudes qu’actuellement, alors que l’homme n’avait pas d’incidence. Suivre le Giec comme un gourou n’est-il pas totalitaire vis-à-vis des populations ?
S.B. Le Giec est en aucun cas un gourou. Il rassemble plus de 5000 scientifiques à travers le monde. Et l’Académie des sciences nous a récemment montré que ce type d’allégation, soutenues notamment par Claude Allègre et consorts, étaient totalement fausses. Pour plus d’infos, vous pouvez consulter Réseau action climat (rubrique: réponses aux sceptiques)

L113. Quelles sont les sources de financement pour le Fonds vert ? Que va-t-il financer précisément ? Et enfin qui va contrôler les investissements ?
S.B. Il faut absolument trouver des sources de financement innovantes pour le Fonds vert. Parmi celles ci, la taxation du transport maritime et aérien est une priorité. Le Fonds vert devra financer en priorité l’adaptation des communautés les plus vulnérables, ainsi que la réduction des émissions au Sud, et la lutte contre la déforestation. Il est indispensable que le Fonds Vert rende des comptes directement à l’ONU, pour ne pas reproduire le schéma de la Banque mondiale, où ce sont les pays riches qui contrôlent tout ce qui se passe au Sud.

Brigitte. Directement ou indirectement, la crise financière pourrait-elle avoir des effets sur le climat?
S.B. Oui, la crise financière a un impact réel sur les politiques climatiques, car elle détourne l’attention de l’urgence d’agir. Les gouvernements n’ont pas su, pour l’instant, saisir l’opportunité de cette crise systémique pour inventer de nouvelles voies de développement qui soient sobre en carbone, en énergie, et plus juste socialement. Il y a donc fort à craindre que l’ambition climatique soit revue à la baisse, à cause de cette crise.

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Commentaire: l’intérêt de cet article est de montrer que la question du climat, et plus largement de la protection de l’environnement, doit être le pilier de la gouvernance mondiale à instaurer. En effet, les émissions de CO2, les traités internationaux d’écologie, les grands sommets sur le climat semblent au coeur des relations internationales. La crise financière, loin de mettre au second plan le problème écologique, le relance. Ecologie et économie doivent désormais être liées par les mêmes valeurs de partage, d’équilibre et de modération. Pour ces deux domaines, il en va de chacun de la liberté de chacun, mais de tous de la survie de tous. Que ce soit sur le plan économique qu’écologique, nous sommes tous responsables des conséquences et c’est par la solidarité, l’entente et le dialogue que les deux problèmes pourront être résolus.

Carbone a rit, Carbone à rats

Government moves to calm carbon capture funding fears

Department of Energy and Climate Change insists £1bn still available for pioneering projects despite earlier comments from the Treasury

Carbon Capture Longannet

Several of the highest profile CCS projects have already been scrapped, including the Longannet plant. Photograph: Murdo Macleod for the Observer

The government was forced to reassure the carbon capture and storage industry on Monday after comments from the Treasury appeared to cast doubt on the future of £1bn funding for the technology.

Danny Alexander appeared to suggest money set aside for CCS could be subsumed into general infrastructure spending. But the Department of Energy and Climate Change moved to calm fears, insisting £1bn was still available from the government to fund pioneering CCS projects.

The comments by Danny Alexander, the chief secretary to the Treasury and Liberal Democrat MP, came as energy-intensive and high carbon emitting industries looked forward to finding out what exemptions they could expect from the government’s carbon regulations. Details of the concessions – which come despite a massive fall in the price of carbon permits – are expected to be unveiled on Tuesday.

The £1bn fund for CCS, to be awarded to the winner of a competition that has been running for nearly five years, is considered the last hope for developing CCS technology in the UK as promises of other government assistance – such as a levy on energy bills to subsidise the high initial costs of the low-carbon technology – were withdrawn.

Several of the highest profile CCS projects have already been scrapped,including the Longannet plant which had been frontrunner in the competition, leaving a handful of less advanced proposals still under consideration.

Alexander had told the Today programme that the funds set aside for CCS could be spent instead as part of a general infrastructure fund, which would devote government assistance to a wide range of sectors and technologies from transport to energy.

CCS was once seen as one of the new low-carbon technologies in which the UK could be a pioneer. There are potential carbon dioxide storage areas in depleted oil fields under the North Sea that are likely to be geologically suitable, and the UK already has expertise in many of the component technologies needed in the oil and gas industry. But high-profile companies such as BP and E.ON dropped their plans, leading to a loss of confidence in the industry.

Meanwhile, energy-intensive industries such as heavy industry, steel and cement-making are preparing for the announcement of concessions from the government to ease the impact of regulations intended to reduce greenhouse gas emissions and encourage efficiency. The industries were promised concessions as part of the government’s fourth carbon budget, which would impose strict carbon limits on UK industry in the 2020s. While the carbon budget was being approved, the chancellor attempted to appease a number of Tory MPs who opposed the proposal with reassurances that heavy energy users would receive some exemptions.

The impact of carbon regulations has already been eased on heavy emitters across Europe, as the eurozone crisis and prospect of a deepening recession forced down the price of carbon dioxide permits under the EU’s emissions trading scheme. Permits stood at little more than €7 a tonne, their lowest since the trading system was tightened up in 2008, and well below the level at which analysts estimate the price of the permits makes a difference to companies’ behaviour.

Under plans set out by the Tories before last year’s general election, the price of carbon would be stabilised within the UK by a series of measures that would ensure that British businesses paid at least £16 a tonne for their emissions from 2013. However, the package of concessions to be announced are likely to amount to several hundred millions of pounds, to soften the impact of the « carbon price floor ».

Green campaigners such as Sandbag have set out how big businesses, including steel makers and energy companies, have benefited from the EU’s emissions trading scheme by receiving millions of permits for free.

Source: guardian.co.uk, article du 28/11/2011

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Commentaire: cet article montre comment la politique et la question environnementale sont liées. On le voit ici avec les émissions de carbone. C’est aux gouvernements de réguler ces émissions, d’autant plus que pour beaucoup, ils s’y sont engagés dans le protocole de Kyoto.